Ngbaka-Mabo 2

Fiche technique

  • Taille
    Largeur de tête : 30,5 cm.
  • Hauteur :
    36 cm.
  • Poids : 
    413 grammes.
  • Matériaux : 
    Bois, fer forgé et cuivre.
  • Pays : 
    République Démocratique du Congo, Zaïre, République Centrafricaine.
  • Peuple :
    Ngbaka.
  • Ethnies : 
    Ngbaka Mabo, Mbati, Bondjo.
  • Période estimée : 
    Années 1900-1930.
  • Autres informations :
    Ex collection Luc Lefebvre.
    Collection Mémoire-africaine.
  • Réf. littéraires : 
    Kipinga p 128.
    De fer et de fierté p 140.
    The Cutting Edge p 86.
    Couteaux de jets ou la collection d’un peintre. Gp 10.
    Âmes de formes, formes de lames, Luc Lefebvre – 2007.

Synopsis

Le couteau de jet « mbalio » et ses derniers forgerons Mbati.

Enquêtes en Centrafrique de 1989 à 1995 / I&M – Bulletin n°47. Par Didier Carité

Dans la majorité des cas, l’arme est prévue pour un droitier : la grande pointe étant dirigée vers l’avant, les reliefs et les gravures du recto doivent impérativement apparaître vers l’utilisateur.
Prise de cette façon, c’est-à-dire toujours pointée vers l’avant, mais de la main gauche, la même arme de droitier ne présente que son verso tout à fait plat, si l’on excepte les bords
: on constate ainsi que ce mode de préhension ne convient pas.
Bombongo et son père ont parfois forgé des couteaux pour gauchers [Fig.1d p. 18].
  

Une arme ayant peu servi, en excellent état, montre une surface constellée de milliers d’impacts minuscules de coups démontrant le patient et méticuleux travail du maître-forgeron.
Le même type de couteau très bien conservé possède en général destranchants extrêmement efficaces, élaborés par laminage périphérique à chaud et trempe, lesquels finissent par aboutir à la création d’une bordure concave en gouttière régulière à l’origine du superbe relief de l’objet.
La finition est certes un critère mais il y a aussi
quelques gravures qui constituent selon lui la signature familiale, en particulier huit segments groupés par deux et divergeant parfois à partir d’une inclusion centrale en cuivre.
L’ensemble laisse penser à une araignée et il peut y en avoir jusqu’à trois sur un même couteau.

Une signature plus rapide consiste en quatre segments parallèles sur la grande pointe. 

Par ailleurs, des festons longent l’axe vertical, le cou porte un rectangle à chevrons, et la grande pointe une ligne médiane.
Bombongo a
forgé de petits modèles de « mbalio » et on en fabrique encore actuellement en tôle découpée
: traditionnellement ils ont toujours été spécifiquement réservés à des enfants en tant que jouets mais aussi objets de parade à brandir en dansant.

La poignée se révèle particulièrement élaborée. Son cuivre laminaire ancien, de traite, souvent bien patiné au fil du temps, épouse de près la forme de quatre fines tiges latérales de bois dur, deux au recto, deux au verso, qui sont plaquées bien serrées contre le fer du manche interne.
Très solide, cet ensemble facilite la préhension et résiste aux chocs des lancers successifs.
Une poignée en cuivre arrive malgré tout à se détériorer
: à présent, le couteau n’étant le plus souvent qu’un objet de parade, il arrive qu’on lui en adapte une nouvelle en bois après avoir façonné en pointe, à chaud ou à froid, la partie inférieure.

 

 

Placide Makpéala, fils de Maurice Bombongo, en train de réparé un vieux couteau « mbalio ». « Photo D.C 1995 ».

 

Étapes de la fabrication des derniers  » mbalio ».

Au temps de l’ancêtre Dinda, avant l’arrivée des Allemands en 1913, le minerai était chauffé dans des bas-fourneaux. La fusion permettait d’obtenir un bloc de fer qui était violemment martelé à chaud jusqu’à obtenir une plaque épaisse dont le découpage puis le forgeage aboutissait à la forme désirée.

Après la Grande Guerre, la possibilité d’obtenir plus facilement du fer de récupération a permis à MauriceBombongo de s’affranchir des premières étapes anciennes de fabrication en travaillant notamment sur des tôlesépaisses européennes. Le problème était de les trouver.
L’épaisseur est en effet un facteur fondamental pour fabriquer une belle pièce. Il faut que l’objet puisse avoir en main un certain poids, qu’il ne soit pas une simple tôle légère peu précise à l’emploi et en particulier fragile.

« Suite dans Ngbaka-Mabo 3 ».

 

 

Morphologie et signification du « mbalio ».

Selon Maurice Bombongo et plusieurs villageois, ce couteau de jet symboliserait une personne :

     T : Tête en croissant de lune.
     C : Cou.
     B : Bras.
     TR : Tronc.
     M : Membres inférieurs associés.

Descriptif de l'objet

Ce type de couteau de jet est à mon sens le plus agressif visuellement, le plus beau, le plus fluide, le plus élancé de ce genre de couteaux de jet.
Le design est d’une élégance et d’une finesse aérienne rare.
Certains modèles ont la pointe centrale légèrement pointée vers le bas, ce qui leur donne une fluidité visuelle encore plus fine et agressive.

Quand on voit une arme tellement aboutie, on n’a aucun doute sur sa fonction première.
Ce modèle ancien est classique, le corps est assez droit, la pointe presque à l’équerre et horizontale.
La pointe centrale est traversée en son centre par une longue ciselure axiale avec quatre traits d’équerre.
La poignée est habillée par une bande large de cuivre enroulée autour de quatre barres de rotin assurant une poignée plus épaisse.

Tout le pourtour de la lame est coupant, le bord est légèrement remonté en courbe et tranchant comme un rasoir.

@ll@n