Ngbaka-Mabo 3

Fiche technique

  • Taille
    Largeur de tête : 30 cm. 
  • Hauteur :
    31,5 cm.
  • Poids : 
    332 grammes.
  • Matériaux : 
    Bois, fer forgé et laiton.
  • Pays : 
    République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Zaïre. 
  • Peuple :
    Ngbaka.
  • Ethnies : 
    Ngbaka Mabo, Mbati, Bondjo.
  • Période estimée : 
    Années 1900-1930.
  • Autres informations :
    Ex collection Luc Lefebvre.
    Collection Mémoire-africaine.
  • Réf. littéraires : 
    Kipinga p 128.
    The Cutting Edge p 86.
    Couteaux de jets ou la collection d’un peintre. Gp 10.
    Âmes de formes, formes de lames, Luc Lefebvre – 2007.

Synopsis

Le couteau de jet « mbalio » et ses derniers forgerons Mbati.

Enquêtes en Centrafrique de 1989 à 1995 / I&M – Bulletin n°47, Par Didier Carité.

« À la veille de mon départ de RCA en 1995 et prenant en compte l’âge de Maurice Bombongo, je décide de lui commander quatre échantillons représentant des étapes de sa fabrication d’un mbalio.
Il me dit ne plus pouvoir le faire lui-même, à cause de sa vue devenue trop faible, mais il accepte cependant de bien vouloir exceptionnellement guider son fils dans cette tâche de sauvegarde dont l’importance patrimoniale pour sa famille
et son métier ne lui échappe pas.
Il semble très heureux de cette proposition.

Ce travail familial permettra ainsi de reconstituer le forgeage d’un mbalio avant que la tradition ne s’éteigne définitivement.
Depuis longtemps, déjà de fines tôles de récupération, découpées à la hâte, sans forgeage, servent de matière première
: elles peuvent fréquemment s’observer lors de cérémonies. »


Quatre étapes de la fabrication d’un mbalio, par Placide Makpéala conseillé par son père.
(Photo D.C. 2015).

 

a) Découpage d’une tôle épaisse et début de déploiement : les ébauches des différentes parties sont déjà visibles.

b) La forme typique est déjà bien reconnaissable sauf la pointe du bas : celle-ci est plantée dans un manche en bois qui sert à la préhension lors du forgeage. À remarquer, la concavité globale.

c) Le forgeage se poursuit sur l’ensemble de la pièce dont l’état de surface prend un aspect martelé ;

d) Cette étape est censée représenter l’objet « fini », pièce imparfaite qui prouve que le fils de Bombongo n’est pas encore expérimenté en la matière même sous le contrôle de son père. L’objet mesure quarante-deux centimètres dans sa plus grande longueur et sa masse fait 690 grammes.

« Là, Maurice Bombongo fait une lourde entorse à la tradition car en théorie son fils pourrait certes le regarder faire un mbalio mais pas en forger un lui-même tant que son père est en vie. En fait, le vieux forgeron s’est pris d’amitié pour moi car je suis également issu d’une famille de forgerons. »

Le couteau de jet avait plusieurs fonctions :

1. Arme de guerre. 

Au cours des conflits interclaniques ou interethniques, contre les colons, plusieurs couteaux pouvaient être conservés cachés derrière le bouclier puis lancés à distance vers les têtes des ennemis.
Plus rarement des témoignages décrivent, en terrain plat et dégagé, au centre d’un village par exemple, un trajet en ricochet sur le sol afin d’atteindre le bas des jambes, sous les boucliers.
Les couteaux de jet étaient particulièrement redoutés car ils pouvaient causer de très graves blessures, parfois mortelles.
  

2. Arme de chasse.

En forêt, les profondes blessures hémorragiques causées au gibier permettaient d’en suivre aisément les traces. En 1995, à Ngoto, le chef du quartier Mbaï Wangotto Gbangoï conservait encore trois mbalio qui, selon lui, « renfermaient toujours la puissance de ses ancêtres ».
Il affirmait continuer de s’en servir pour chasser en forêt.
L’arme a en effet l’avantage de la discrétion par rapport au fusil qui fait fuir le gibier sur des grandes distances.
  

3. Monnaie.

Tant que les couteaux de jet ont été utilisés comme armes efficaces, ils ont servi ici et là de monnaie d’échange.
À l’époque, ils pouvaient constituer une partie plus ou moins importante des dots de mariage, associés ounon à des objets de traite fort appréciés comme des perles multicolores (bayakas, bapterosses), du fil de cuivre, des tissus, etc.

4. Objet de prestige et de parade.

Lors des diverses cérémonies, les chefs brandissaient de magnifiques mbalio, de grande taille et bien gravés ; de même, les tradipraticiens renommés dansaient toujours avec, revêtus de peaux d’animaux, 
d’amulettes et colliers variés.
D’autres villageois, y compris des femmes, pouvaient parader, mbalio en main, lors de festivités ou de deuils. Ils continuent de le faire régulièrement.

 

Photo semi-moderne de Raphaël Pauleau (années 1950) montrant un « féticheur » à la parure très typique, probablement Ngbaka-Ma’bo avec son couteau de jet ndon.

Descriptif de l'objet

 

Ce couteau Mabo est similaire à ceux déjà présentés, cependant celui-ci a une poignée nettement plus courte, ce qui lui donne un air plus trapu.
Cela donne l’impression d’avoir une pointe centrale très longue.
Pointe centrale perforée au centre du décor ciselé en double X représentant le fameux emblème de l’araignée.

Sur le reste du corps de cette arme, on voit un décor en guillochage sur la face principale.
La pointe du haut très effilée et cambrée est presque à toucher la tête en forme de champignon.
Cela lui donne un aspect très agressif.

Ces couteaux étaient également utilisés par d’autres ethnies, comme les Bofi, les Gobu ou les Bokoto. On en a même retrouvé très loin, chez les Téké ou les Adouma du Gabon.

@ll@n