Ngbaka-Mabo 4

Fiche technique

  • Taille
    Largeur de tête : 32,5 cm. 
  • Hauteur :
    39 cm.
  • Poids : 
    392 grammes.
  • Matériaux : 
    Bois, fer forgé et laiton.
  • Pays : 
    République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, Zaïre.
  • Peuple :
    Ngbaka.
  • Ethnies : 
    Ngbaka Mabo, Mbati, Bondjo.
  • Période estimée : 
    Années 1900-1920.
  • Autres informations :
    Ex collection d’une ancienne galerie parisienne.
    Intermédiaire Karl Martinenghi.
    Collection Mémoire-africaine.
  • Réf. littéraires : 
    Kipinga p 128.
    De fer et de fierté p 140.
    The Cutting Edge p 86.
    Couteaux de jets ou la collection d’un peintre. Gp 10.
    Âmes de formes, formes de lames, Luc Lefebvre – 2007.

Synopsis

Le couteau de jet « mbalio » et ses derniers forgerons Mbati.

Enquêtes en Centrafrique de 1989 à 1995 / I&M – Bulletin n°47 Par Didier Carité

 

Répartition géographique et ethnique.

En République Centre Africaine, on trouve surtout le mbalio étudié dans une zone assez vaste, un triangle Bangui – Mongoumba –Ngoto.
La forêt de cette dernière localité semble particulièrement privilégiée, jusqu’à Mbaïki et ses environs.

Les spécialistes en arts premiers ont coutume d’attribuer ce type de couteau de jet aux seuls Ngbaka-Mabo qui le nomment ndon.
C’est effectivement l’arme de jet typique de cette ethnie centrafricaine, rattachée au groupe oubanguien car riveraine de l’Oubangui et de ses affluents (Basse-Lobaye, Lessé, Pama).
Aux premiers temps de la colonisation, les Européens leur attribuaient, avec les Monzombo, le nom de « Bondjo », terme dont la signification demeure encore sujette à discussions.
Cependant, et comme cela a été souligné précédemment, les Mbati, du groupe Bantu, semblent avoir fabriqué leurmbalio depuis longtemps.
Mais il s’avère jusqu’à présent impossible d’en déterminer avec certitude les premiers inventeurs.
Les multiples guerres interethniques de jadis ont dû favoriser la transmission de traditions artisanales entre ces deux groupes devenus voisins après leurs précédentes migrations, mais d’origines anciennes très différentes comme l’attestent les études linguistiques.

Quelques autres populations utilisent ce type précis de couteau, celles apparentées au grand groupe Gbaya, les Bofi de la forêt de Ngoto jusqu’à la localité de Boda, mais aussi les Ali qui vivent au nord de Bangui. 

Dans cette zone, on peut en trouver mais plus rarement chez les Banda (Ndri) qui le nomment ondo, terme également donné à d’autres couteaux multi-lames de types différents, en forme de lettre « Z » plus spécifiques à ce groupe.

Au sud de la Lobaye (Mongoumba), les Monzombo ont utilisé ces couteaux et sur l’autre rive de l’Oubangui, les Ngbaka-Minagende de la Province de l’Équateur en RDC ont élaboré des formes identiques ou voisines qui sont de même inspiration.
À la frontière RCA – Congo Brazzaville des Pygmées Aka ont été observés dansant avec le mbalio des Mbati qui considéraient ces hommes de la forêt comme leurs « sujets ».
Croyance très répandue en Lobaye :  Gbangoï conservait encore trois mbalio qui, selon lui, « renfermaient toujours la puissance de ses ancêtres » en particulier chez les chefs de villages et les tradipraticiens dits féticheurs.

Ces guérisseurs traditionnels (nganga de l’Afrique centrale) font aussi office de magiciens et devins.
Ils ponctuent parfois leur mbalio de taches rituelles blanches (kaolin) et rouges (teinture à partir de l’écorce du tola en Mbati ou Nguélé en Ngbaka-Ma’bo).
C’était le cas de Pascal Ongokpian en 1994, qui avait établi sa case de soins en pleine forêt à un kilomètre au sud de Boyoba (Lobaye) et qui affirmait que « son ndon renfermait les pouvoirs de son père ».
Au cours d’un décès, les taches rituelles blanches et rouges d’un mbalio pouvaient permettre de « conserver l’âme du défunt dans la famille »

 

 

Tradipraticien Mbati, mbalio au poing dansant accompagné d’un Pygmée Aka.Photo anonyme Lobaye 1933.

 

 

(Photo D.C. 2015)

 

Divers modèles de couteaux de jet du type mbalio. Les tailles varient ici de 28 à 43 centimètres

 

a) Grand mbalio de prestige d’un chef Bofi de la forêt de Ngoto.

1 : Gravure-signature Dinda-Bombongo. 

2 : extrémité de la poignée.

b) Grand mbalio d’un tradipraticien Ngbaka-Ma’bo des environs de Mbaïki. (Gravure-signature Dinda-Bombongo).

c) Modèle moyen classique de ndon Ngbaka-Ma’bo du nord de Mbaïki à poignée en fil de laiton de traite.

d) Ndon Ngbaka-Ma’bo de gaucher du nord de Mbaïki.

e) Petit modèle récent de mbalio, en tôle, employé pour les danses d’enfants Bofi. Conservé sous le toit d’une case près
de Ngoto, il est ici recouvert de noir de fumée (foyer de cuisine ou de boucanage de la viande de chasse).

Descriptif de l'objet

Ce superbe couteau de jet appelé moko-ndo ou ngbangha est le modèle le plus courant utilisé par les Ngbaka Mabo, peuple qui fait partie de la grande famille des Gbaya.

Toutes les pointes sont parfaitement acérées et coupantes.
L’ergot du bas ciselé d’une figure en X avec les barres doubles et parallèles représente le sigle de l’araignée qui joue un rôle très important dans les croyances des Mabo.
Celui-ci a l’arête du corps vertical, entièrement ciselé de petites encoches doublé par une ligne de petites courbes.
La face arrière est légèrement concave et les arêtes de coupes remontent légèrement sur la face principale.

Les poignées de ces modèles de couteaux sont généralement constituées de bandes en cuivre recouvrant également quatre petites barres en rotin ou métal.
La prise en main en est meilleure, les doigts font le tour de la poignée et se placent dans le creux formé par les petites barres.
Sur les exemplaires les plus anciens, la bande est en laiton comme celui-ci.

Si cette arme peut être utilisée pour des actions guerrières, elle représente avant tout un insigne d’autorité et pouvait également servir de valeur d’échange.

@ll@n